En comparant les sources antiques, un petit relief du musée de l'université américaine de Beyrouth (n° inventaire : 4721), qui fut découvert à Tyr, et des
monnaies de Tyr, Ernest Will a proposé une description partielle du contenu du temple d'Heraclès/Melqart de Tyr. Ce temle était le plus important de la cité, car Melqart en était le dieu
tutélaire; ce qui témoigne de la raison pour laquelle cet éifice intéresse particulièrement les archéologues.
Le petit relief, que le savant français a étudié au musée de l'université américaine de Beyrouth, était un ex-voto sculpté dans un calcaie local et représentait un arbre sur la droite, avec
un serpent enroulé autour de son tronc, des flammes qui atteignent l'arbre, un petit enfant agenouillé sous les pattes d'un animal qui semble être un cervidé, une biche selon E. Will, et qui
dirige sa tête vers l'endroit où se trouvent les mamelles, selon l'image fréquente de l'enfant divin ou héroïque allaité par une mère animale, et sur la gauche une femme étendue sur un lit
et qui s'appuie du bras gauche sur des coussins empilés.
Quant aux textes antiques qui permettent d'éclaircir la signification du petit relief, il s'agit d'une par des "Dionysiaques" de Nonos de Panopolis (40, 422 sq), dans lesquelles Heraclès raconte
à Dionysos la fondation de sa ville de Tyr, et d'autre part, un passage de Philon de Byblos (2, 5-7 et 8), qui présente un récit des origines de Tyr. Les deux textes sont assez différents quant à
leur version de ce mythe de fondation, cependant, certainséléments communs sont très intressants.
Dans le récit de Nonos, lors de l'apparition des premiers hommes sur la Terre, le dieu leur ordone en songe de fabriquer une barque et de la lancer sur la mer pour aborder aux îles flottantes,
dites "îles ambrosiennes" sur lesquelles pousse un olivier, aves un serpent qui s'enroule autour de son tronc et un aigle perché à son sommet. Quant au feu, il enveloppe l'arbre sans le consumer
et sans brûler ses occupants. Les hommes que le dieu a envoyé devront capturer l'aigle et le sacrifier à Poséidon pour que l'île flottante puisse se fixer. C'est par cet acte que Tyr fut fondée.
L'auteur remarque très justement que que l'arbre sacré au serpent est très ancien dans la mythologie et dans l'iconographie. La première mention de cet élément se trouve dans l'Epopée de
Gilgamesh, dans l'épisode où Inanna avait planté l'arbre Huluppa dans son sanctuaire et qu'un serpent et un aigle avaient élu domicile dedans. Cet arbre au serpent est également présent dans
plusieurs légendes grecques (Jardin des Hespérides, Toison d'Or, etc.)
En ce qui concerne le récit de Philon de Byblos, on apprend que l'un des deux fondateur de la ville, Ousôos, fut le premier à s'aventurer sur la mer. En effet, un jour il y eu un ouragan qui
ravageat le rivage et les arbres d'une forêt prirent feu. Ensuite, Ousôos se servit d'un des troncs calcinés en guise de canoë et devint alors le premier navigateur. Ensuite, il dressa deux
stèles, l'une au feu et l'autre au vent, et sacrifia à ces deux éléments les animaux qu'il abattait à la chasse. Les stèles se dressaient donc dans un sanctuaire encore visitable à l'époque de
Philon et ce temple devait être le plus ancien de l'île. Ainsi, bien que l'auteur ne précise pas le nom du dieu qui y était honoré, il semble certain qu'il s'agissait du sanctuaire
d'Heraclès.
Pour compléter ce deuxième texte, il faut ajouter une citation d'Hérodote (II, 44), qui dit avoir vu deux stèles dans le sanctuaire principal de la cité : l'une en or massif et l'autre en
émeraude qui était lumineuse dans la nuit.
Les monnaies de la ville représente aussi cet arbre et les deux stèles, mais n'illustre pas le feu.
Ces informations, confrontées les unes aux autres, informent donc sur la présence d'un arbre sacré, d'un feu sacré et de deux stèles (dont les matérieux, peut-être de matière précieuse, ne sont
pas clairement définis) dans le sanctuaire d'Heraclès/Melqart de Tyr.
Ajoutons qu'il semble qu'il faille remarquer certaines similitudes entre ce temple d'Heraclès à Tyr et de celui de Gadès, à l'autre bout de la Méditerranée, si l'on se base sur un passage de
Strabon (169, 5 sq) qu'il consacre aux colonnes d'Hercule et dans lequel il signale la présence dans le sanctuaire de Gadès de deux stèles de bronze que les habitants de la ville et les autres
Ibères considéraient comme les seules et véritables colonnes dressées par Heraclès aux confins du monde. Mentionnons aussi "La vie d'Apollonios de Tyane" de Philostrate, dans laquelle il parle de
deux stèles faites d'un amalgame d'or et d'argent qui possédait sa couleur propre et portaient une inscription indéchiffrable pour les Grecs, ainsi qu'un olivier. Ces ressemblances entre les deux
plus célèbres sanctuaires d'Heraclès/Melqart suggèrent que lors de la colonisation phénicienne, les Tyriens ont emportés avec eux le souvenir de leur temple et, il n'est pas interdit de
penser qu'ils l'on reproduit, dans ses principaux éléments constitutifs, dans les différents comptoirs où ils ont fondés des temples à Héraclès/Melqart.
Bibliographie :
WILL (E.), Au sanctuaire d’Heraclès à Tyr : l’olivier enflammé, les stèles et les
roches ambrosiennes, dans Berytus, t. 10, 1950-1951, p. 1-12.
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